Association de Défense du
Site des
Petites Dalles
Un texte sur notre village
Les Petites Dalles ont inspiré de nombreux artistes.
Des peintres parmi lesquels Claude Monet et Berthe Morisot, et de nombreux écrivains, dont Victor Hugo.
Aujourd’hui encore, ce site incomparable continue d’enchanter les artistes.
L’un
d’entre eux, qui souhaite garder l’anonymat, nous a fait parvenir un
texte qui est pratiquement une déclaration d’amour. Il faut la
lire lentement, avec application, et promener ensuite son regard sur le
village des Petites Dalles en laissant la magie des mots se fondre avec
la magie des images.
Association de Défense du Site des Dalles
Le Président : Patrick JORE
LES PETITES DALLES
Août 2008
C'est
un trou de verdure qui s'incruste dans la mer, une boutonnière
de craie blanche plantée d'arbres verts, une tache d'ardoises
grises au fond d'un vallon, un parterre de galets ronds qui grondent
sous la houle. On y entre sur la pointe des pieds comme par effraction
en arrondissant la bouche de bonheur attendri, de surprise gourmande.
On se promet aussitôt de garder cette adresse secrète, de
ne la livrer à aucun bâtisseur de maisons champêtres
qui déforment un paysage aussi sûrement qu'une verrue sur
un appendice nasal.
C'est le paradis des adultes qui se prennent au
sérieux et jouent aux savants géomètres, le
royaume des enfants qui courent haut perchés sur des bicyclettes
obliques qu'ils jettent au hasard des jeux qui les surprennent. Une
balançoire rouillée, un gros galet à peinturlurer,
une pente à dévaler, une côte à grimper sans
poser pied à terre, une vague haute comme un mur à
enfoncer, l'épaule fière. C'est le vert paradis des
amours enfantines que Charles Baudelaire signa autrefois sans jamais
avoir connu le lieu qui l'inspira.
Victor Hugo y a
traîné ses guêtres et note par trois fois dans ses
promenades le nom de ce village illustre en dissertant gravement sur
l'érosion des falaises, calculant leur prochain
écroulement, y plantant des légendes et des
siècles. Claude Monet et Berthe Morisot ont plongé leurs
pinceaux enchantés dans le blanc brillant de la craie, le vert
moelleux des forêts et l'on peut désormais admirer, dans
de somptueux cadres dorés, à New York, Boston, Baltimore
ou Philadelphie les hautes falaises crayeuses, pâles sceptres du
matin ou vaisseaux nimbés de rose orangé au soleil
couchant.
Toute cette beauté a un nom, un drôle
de nom même, un nom composé que l'on fait remonter
à des ancêtres incertains, portant bouclier clouté
et moustaches rêches, un nom qui emmène sur la route du
rêve et de la beauté…
Un nom que l'on se passe de
génération en génération comme un secret et
que l'on connaît pourtant d'Yvetot jusqu'à Valparaiso...
Les Petites Dalles.
